Le 16 mars 2020, Emmanuel Macron annonçait que dès le lendemain, les français seraient confinés. Lorsque la nouvelle est tombée, je venais à peine de trouver un stage de fin d’année. Je suis étudiante en journalisme, et pour valider mon année, je devais obligatoirement valider ce stage au sein d’un média. Etre journaliste, c’est aller sur le terrain, prévoir des entretiens, montrer l’information aux lecteurs, aux auditeurs et aux téléspectateurs. En bref : être journaliste, c’est se déplacer. Alors comment faire pour exercer ce rôle sans sortir de chez soi ? C’est une question que la plupart des professionnels, quel que soit leur métier, ont dû se poser. La nouvelle était là, et il a fallu s’adapter. Le journalisme en confinement, j’ai testé.
Un mois plus tard, une fois la convention remplie et les documents signés, je débute mon stage. Je me réveille un matin, et comme les jours précédents, je ne sortirai pas de mon appartement. Je suis dans mon lit, avec l’envie d’ouvrir Netflix ou de me rendormir, comme les jours précédents. Rien n’a changé, à une chose près : je suis rédactrice chez Feather, webzine culturel et artistique bordelais. Je décide donc de sortir de mon lit (tant bien que mal). Mon maître de stage m’a déjà expliqué comment l’équipe s’organisait. Feather est un webzine qui n’a pas de locaux, alors les rédacteurs sont déjà habitués au télétravail. Du moins, en partie. Plus de festivals, plus d’expositions, de séances de cinéma. Plus de concerts. Sortir de chez soi et réaliser un reportage photo, une interview en face à face, ou être invité à un festival pour le couvrir, ce n’est plus possible. L’équipe fonctionne avec un groupe privé sur Facebook. Les sujets à traiter y sont postés et les rédacteurs se portent volontaires. On ne se croise pas dans les couloirs, mais dans les commentaires. Les membres du groupe sont aussi libres de trouver leurs propres idées. Des propositions d’interview et des idées se succèdent sur le groupe. Cependant, à cause du confinement et de tous les évènements annulés ou reportés, les sujets se font plus rares, et les rédacteurs, plus disponibles. Alors, il va falloir trouver des idées.

Des interviews en pyjama
Mon maître de stage me donne une interview à réaliser. Il s’occupe de la prise de contact, puis me laisse prendre un rendez-vous téléphonique. Par chance, j’ai emprunté un micro de mon école avant le confinement. Je fais avec les moyens du bord : un téléphone pour passer l’appel, et un deuxième, branché au micro, pour l’enregistrer. Je prépare mes questions et je passe l’appel. Parfois, je n’entends pas bien certains mots et je galère un peu. Mais finalement, je réussis à faire un tri et retranscrire l’interview à l’écrit grâce à l’enregistrement. Puis je commence à réfléchir et à faire beaucoup de recherches sur les réseaux sociaux et internet. Je veux réaliser d’autres interviews, trouver de bonnes idées et apporter ma contribution à la mosaïque d’articles qui s’affiche sur le site de Feather. J’essaie d’innover, de trouver des sujets originaux. Je regarde les street artists bordelais, les illustrateurs, les photographes… J’ai envie d’écrire des interviews intéressantes pour le lecteur. Je trouve des contacts, j’envoie des messages, des mails. Par chance, la plupart des personnes que je souhaite interviewer me répondent et se montrent partantes. Puis tout s’enchaîne. Les mails, les recherches en préparation de l’entretien, les interviews par téléphone, les conversations plus ou moins fluides et les personnes plus (vraiment plus) ou moins bavardes. Les enregistrements se succèdent, et tout réécrire est un travail qui demande de la patience. Entre deux cafés et un bol de céréales, je transforme en articles des enregistrements qui durent parfois vingt minutes, parfois cinquante. Ensuite, il faut compléter l’article avec des images et tout envoyer sur un drive. D’autres rédacteurs me corrigeront, en particulier Nicolas et Blandine, les présidents de Feather. Je réalise les interviews en jogging et travaille parfois la nuit, mais finalement, mes articles s’affichent sur la page du webzine. Les conditions de travail sont exceptionnelles. C’est déstabilisant, mais pas impossible à réaliser.

La culture en confinement
Malgré le confinement, la culture continue de vivre. Les concerts sur les réseaux sociaux, les visites de musée virtuelles… La France s’est adaptée à la situation. Chez Feather, on rédige des articles sur des évènements qui se passent en ligne plutôt que dans les lieux publics. C’est le cas du Très Court International Film Festival et du Night Mess #4. Dans les lieux publics, finalement, les bordelais s’adaptent aussi. Comme au Drive-in Festival. Sans parler des concours d’affiches, des DJ set à la maison… Tout le monde mène sa vie chez soi, en jogging, en pyjama. Finalement, lors de mon stage, l’univers journalistique s’est juste re créé différemment. Les rencontres sont virtuelles, mais le dialogue, les rencontres, les liens continuent de se créer. Et l’information continue de circuler. Cependant, il était temps que cela s’arrête. Lors de mon stage, limitée par le confinement, je n’ai écrit presque que des interviews. Je termine mon stage avec la satisfaction du travail accompli et le soulagement pouvoir me réveiller en ouvrant Netflix.
Par Nolwenn Tournoux le 29/06/2020