«J’ai quitté mon CDI pour un petit CDD de 4 mois, et ça fait 8 ans» Mathias Chaillot, journaliste Neon

Mathias, 34 ans est chef du service web chez Neon, mais pas seulement. Plus précisément, il est « journaliste multimédias généraliste avec un intérêt pour la société, l’environnement, les minorités, et les technologies. » Mathias écrit sur les autres, mais aussi sur lui-même. Interview.

Quel est ton parcours ?

J’ai fait une école qui s’appelle l’EPJT maintenant, l’Ecole Professionnelle de Journalisme de Tours, qui était avant la licence professionnelle de Tours. C’était une école en 3 ans, l’une des rares qui prenaient quelques élèves à niveau bac. Je suis entré directement à l’école, ce qui fait qu’en trois ans de formation et un an de césure, j’étais sur le marché du travail.

J’ai commencé par la radio, pendant 4 ans environ ; J’ai travaillé à la musicale de Virgin Radio, puis à Atlantic Radio (basée à Casablanca). Ensuite, j’ai fait un an de web à RMC. J’ai commencé à piger pour Neon à ce moment-là. J’ai quitté RMC pour Neon fin 2013.

crédits : Neon (les savoirs inutiles)

Pourquoi es-tu journaliste ?

J’ai toujours eu une passion pour raconter des histoires. J’écrivais de la fiction quand j’étais ado, pour moi. Mes parents m’ont dit qu’écrivain, ce n’était pas un métier. Alors je me suis dit « j’aime raconter des choses aux gens », et j’ai fait une petite tentative avec le journalisme en étant correspondant local quand j’étais encore au lycée, pour un titre de PQR. Ça m’a plu et je me suis engouffré dans cette voie, mais je ne savais pas exactement ce que j’allais y trouver, pour être honnête. C’est une passion qui m’est venue progressivement, au fur et à mesure de mes études. 

Pourquoi as-tu choisi Neon ?

On m’a tendu le magazine un jour, en me disant : « Tu devrais le feuilleter, tu devrais même leur envoyer des propositions de piges. Je pense que c’est un magazine qui pourrait te plaire. » Il se trouve qu’avant d’aimer y travailler, j’ai aimé le lire. Ce n’est pas toujours évident de travailler dans un média qu’on aime. Le marché est un peu saturé, et les places sont chères. J’ai eu la chance de pouvoir leur proposer des piges, qui ont été acceptées. Neon proposait des formats longs et des formats originaux, ce qui est loin d’être évident dans la presse. Le ton me plaisait, parce que je suis un petit rigolo et que j’aime bien les blagues, et que Neon faisait des blagues. Ils arrivaient à faire des articles dans lesquels j’apprenais des choses et, en même temps, je me marrais. J’avais envie de faire ça.

Alors je leur ai demandé s’ils voulaient bien m’embaucher, et ils ont dit non. Je leur ai redemandé et ils ont encore dit non. Puis, il se trouve qu’à un moment, quelqu’un est parti de Neon et m’a appelé. Je ne le connaissais pas personnellement mais il aimait bien mon travail, apparemment. Il m’a dit : « Une place va se libérer, renvoie ton CV. »  Je l’ai fait. J’ai quitté mon CDI pour un petit CDD de 4 mois, et ça fait 8 ans.

Aurais-tu une anecdote drôle à partager ?

Des trucs drôles ou des malaises, ça m’arrive toujours, dans le sens où je suis quelqu’un de très maladroit. Avant le télétravail, il n’y avait pas une réunion où je ne faisais pas tomber un gobelet, un ordinateur, une chaise… Pas une journée où je passais d’un point A à un point B dans la rédaction sans me prendre une porte.

Mais pour parler d’une anecdote en particulier, j’ai fini 24h en garde à vue, interrogé par le FBI aux États Unis parce que je faisais un suivi sur le cannibalisme. Ce n’était pas très drôle sur le moment, voire pas du tout. Maintenant, je suis interdit de séjour sur le territoire américain mais j’en rigole un peu. J’avais mal rempli mon ESTA. Comme j’étais allé en vacances en Iran juste avant, ils n’avaient pas trop aimé. Ils ont pris mon téléphone, et dedans ils ont trouvé une série de captures d’écran de conversations que j’entretenais sous un pseudonyme, avec des personnes qui voulaient soit manger soit, pour la plupart, se faire manger par des êtres humains. C’était du fantasme globalement, pour la majorité d’entre eux j’espère, mais c’était quand même des conversations assez hard. Ils ont supposé que j’étais un pervers sexuel cannibale. Ça a été une journée assez longue en cellule à l’aéroport de Los Angeles, avant de repartir le lendemain matin dans l’autre sens.

Qu’est-ce que tu rêverais de faire, en tant que journaliste ?

Je n’ai pas de plan de carrière. J’avoue que mon rêve serait de continuer ce que j’ai la chance de faire en ce moment. C’est un vrai luxe qu’on a chez Néon : pouvoir grandir en même temps que nos sujets. Souvent, on fait des sujets parce qu’ils intéressent les gens mais aussi parce qu’on a une attirance émotionnelle particulière pour ce sujet ; Une rencontre, un moment de notre vie… En traitant le sujet, on s’interroge sur nous-mêmes, tout en posant des questions qui peuvent intéresser le lecteur. Mon dernier gros papier était une série d’enquêtes sur le chemsex. Ce matin, j’ai reçu un message d’un mec qui me disait : « J’ai lu ton papier. J’ai essayé ce week-end. La prochaine fois que j’aurai envie de faire n’importe quoi, je relirai quand même ton article avant et ça me fera peut-être un peu réfléchir. » Alors je me dis que je n’ai pas fait ça pour rien, et c’est assez chouette.

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