La 35e édition des Semaines d’information sur la santé mentale (SISM) a lieu partout en France du 07 au 20 octobre. L’objectif : mettre en lumière la santé mentale, ses différents aspects et lutter contre la stigmatisation qui y est associée. Chaque 10 octobre, la journée mondiale de la santé mentale poursuit le même but partout dans le monde. Les stéréotypes liés aux différentes pathologies mentales augmentent la souffrance des personnes concernées, compliquent leur rémission et véhiculent une image faussée de la santé mentale.
À 75 ans, environ la moitié de la population aura développé un ou plusieurs troubles mentaux au cours de sa vie. Cette conclusion, tirée par des chercheurs de la Harvard Medical School et de l’Université du Queensland, se base sur des entretiens directs avec plus de 150 000 adultes dans 29 pays, réalisés entre 2001 et 2022.

A chaque pathologie ses stéréotypes
Alors que certaines pathologies mentales sont invisibles physiquement, les effets de la stigmatisation, eux, sont bien visibles. Dans son Rapport mondial sur la santé mentale, publié en 2022, l’OMS révèle que les personnes ayant un trouble psychique souffrent de la stigmatisation qui entoure la santé mentale, puisqu’elle provoque et entretient un sentiment de honte. La stigmatisation se présente sous plusieurs formes et varie en fonction des pathologies.
Si certains mots renvoient, dans l’imaginaire commun, à de l’agressivité ou à des comportements imprévisibles et inquiétants, d’autres sont connotés à de la faiblesse, de la flemme et un manque de volonté. “Vous avez là les deux pôles les plus extrêmes à la stigmatisation de la maladie mentale,” explique Alice Follenfant, maître de conférences en psychologie à l’université de Bordeaux. Entre ces deux pôles, la stigmatisation prend plusieurs formes. “La dépression n’est pas associée aux mêmes “étiquettes”, aux mêmes choses que la schizophrénie,” précise Katia M’Bailara, maîtresse de conférences en psychologie à l’université de Bordeaux et psychologue.
Un facteur de risque à une mauvaise prise en charge
La stigmatisation est synonyme de double peine pour les personnes souffrant de pathologies mentales : en plus des symptômes présents au quotidien, l’existence de leur stigmatisation rend difficile la prise en charge. « C’est un facteur de risque à la mauvaise alliance avec le soin et au défaut d’observance, c’est-à-dire de prise de traitement, » détaille Katia M’Bailara. « Les gens en ont marre qu’on les perçoive à travers leur pathologie, qu’on leur renvoie sans cesse le fait qu’ils consultent. Cela peut les amener à cesser de consulter. »

Même si la société se veut de plus en plus inclusive et malgré des aménagements mis en place, les stéréotypes liés aux troubles psychiques restent un handicap social qui pèse sur les personnes concernées. « Elles rapportent très souvent souffrir de cette stigmatisation, elle est parfois au premier plan, avant même la souffrance associée aux symptômes du trouble, » affirme Katia M’Bailara. « Certaines personnes sont en rémission symptomatique, mais continuent de ressentir une souffrance, une difficulté à se sentir perçus autrement que par leurs troubles. Certains patients, par exemple, ont passé une période en hôpital psychiatrique et se plaignent de n’être désormais perçus qu’à travers ce prisme, au travail ou encore au sein de leur famille. Même quand ils sont sur un processus de rétablissement de qualité, cela reste une plainte fréquente. »
Mieux s’informer pour se rapprocher de la réalité
Cette stigmatisation génère une plainte, une souffrance, mais aussi « un fardeau qui s’additionne à l’ensemble des symptômes, » complète Alice Follenfant. « La société fait peser ça en plus sur les épaules de gens qui souffrent déjà des symptômes liés à leur trouble. C’est un fardeau que, collectivement, nous pouvons essayer de lever. » Pour réduire la stigmatisation, la représentation et les témoignages des personnes concernées ont une très grande importance.
Aujourd’hui, le tabou se lève progressivement et les personnes souffrant de pathologies mentales prennent la parole pour informer et partager leur réalité. Leurs voix ont toujours existé, mais elles étaient moins audibles par le grand public. Les ouvrages et les témoignages gagnent en visibilité, et les regards changent peu à peu. Le but : Ne pas réduire une personne à ses symptômes. « Les représentations médiatiques et artistiques sont pleines d’espoir, » estime Katia M’Bailara. « Je pense que ça peut devenir un vrai médiateur d’accompagnement et de réduction de la stigmatisation. » Rendre le rétablissement plus visible, et éviter la diabolisation autant que l’idéalisation des pathologies permettraient d’autant plus de place à une représentation plus proche de la réalité.
Des différences parfois surestimées
La peur et le manque d’information sur la santé mentale conduisent parfois les individus à se percevoir comme très différents et très éloignés d’autres individus souffrant d’un trouble. En réalité, “Nous faisons partie d’un seul grand groupe d’individus, et sur ce continuum, on se distribue différemment ; notamment sur des degrés de caractéristiques pouvant être considérées comme des symptômes. Ces caractéristiques peuvent être présentes dans des formes ou des mesures différentes chez beaucoup de gens. C’est juste une question de dosage,” détaille Alice Follenfant. En résumé, “Nous avons un niveau de santé mentale, comme nous avons un niveau de santé physique,” conclut-t-elle.
